Ce matin-là, en janvier 2023, j’ai marché dans la poussière et l’odeur d’encre du marché de Khan el-Khalili, et j’ai compris pourquoi Le Caire était un livre ouvert — ou plutôt, une bibliothèque à ciel ouvert. Un vieux bouquiniste, moustache grise et doigts tachés d’encre, m’a tendu un exemplaire des *Mille et Une Nuits* édition 1962 en disant : « Prends-le, c’est l’âme de la ville qui te parle. » Moi, je me suis dit : mais où sont passés les autres, ceux qui ne parlent pas à travers les pages jaunies de l’Histoire ?
« Ici, on ne vend pas des livres, on vend des souvenirs qui puent encore l’encre et la sueur. » — Hassan Ibrahim, 68 ans, depuis 40 ans dans la même échoppe près de la mosquée Al-Azhar.
Et puis il y a eu cette nuit, en 2021, où j’ai traîné un ami poète dans un café de Zamalek qui puait le tabac froid et le thé à la sauge — le Café Riche, là où Naguib Mahfouz venait écrire (ou plutôt, ruminer). Ce soir-là, sous un ventilateur qui grincait comme un fantôme, il m’a avoué : « Le Caire, c’est un personnage de roman qui ne veut pas mourir. Mais qui l’écrit encore, hein ? » Une question qui me trotte encore dans la tête, comme un écho entre les murs couverts de graffitis éphémères. On va essayer d’y répondre — ou du moins, de respirer un peu la poussière des géants avec toi. Et si tu veux vraiment voir où l’encre coule encore, j’ai même un quartier qui s’appelle أفضل مناطق الأدب في القاهرة — oui, même en français, ça claque.
Dans l’ombre des bouquinistes : les librairies qui ont survécu au concret et au numérique
Il y a deux ans, en plein ramadan — vous savez, ce mois où même les odeurs de friture et le bruit des haut-parleurs des mosquées se mélangent — je me suis perdu dans les ruelles derrière la mosquée Al-Azhar. Pas perdu au point de paniquer, mais assez pour me retrouver devant la dernière édition imprimée du journal *Al-Qahera* en vente à 12 livres égyptiennes, un exemplaire de 2019 qui sentait le tabac froid et l’encre de presse locale. Un bouquiniste moustachu, assis sur un tabouret en plastique comme s’il y avait dormi depuis 30 ans, m’a lancé sans lever les yeux : *« Tu cherches quoi, toi ? Un livre ou un souvenir ? »*
J’ai ri — il avait raison. Au Caire, les librairies ne vendent pas que des livres. Elles vendent l’âme du quartier. Et certaines ont survécu à tout : la hausse des loyers, Amazon (ou du moins son ombre), les revolutions, les coupures d’électricité pendant 18 heures d’affilée en 2014. La librairie *Al-Tanwir* à Gamaleya, par exemple, existe depuis 1947. Le vieux Youssef, qui la tient comme un temple, m’a montré un livre de Naguib Mahfouz signé de sa main : *« Regarde, il l’a acheté ici en 1962. À l’époque, un thé coûtait 5 milliemes. Aujourd’hui, c’est 10 livres. Mais les livres, eux, n’ont pas augmenté comme ça. La magie, elle est toujours là. »*
Le problème ? Beaucoup de ces endroits disparaissent. Les jeunes préfèrent les PDF piratés ou les Kindles — bon, ok, les Kindles ne marchent pas très bien ici à cause du Wi-Fi qui fait la grève trois fois par semaine. Mais le vrai danger, c’est le béton. Le Caire pousse, s’étale, avale les vieux quartiers pour faire place à des tours de verre où les promoteurs ne savent même pas écrire le mot « livre ». Prenez la rue de la Soie : il y a 10 ans, elle grouillait de papeteries et de librairies d’occasion. Maintenant, c’est un parking désaffecté avec un McDonald’s en guise de mémorial.
Les librairies qui résistent — et celles qui ont déjà rendu l’âme
Alors, où sont les vrais lieux où la littérature respire encore ? Voici un petit tableau qui triche un peu — parce que certaines librairies ferment, d’autres changent de nom comme une starlette change de robe, et certaines mentent sur leur âge. Mais c’est le mieux qu’on ait pour l’instant.
| Nom | Quartier | Âge approximatif | Pourquoi y aller ? |
|---|---|---|---|
| Al-Tanwir | Gamaleya | 1947 | L’odeur du papier journal, les éditions originales de Mahfouz, et Youssef qui te raconte sa vie en te vendant un exemplaire de *Midaq Alley* à 50 livres au lieu de 60 « parce que t’es sympa ». |
| Al-Kotob Khan | Downtown | 2001 | Une institution moderne avec des rayonnages bien rangés, des livres neufs sélectionnés par des gens qui lisent encore. Leur section « Littérature égyptienne contemporaine » est la meilleure de la ville. |
| El-Shorouk Bookstore | Héliopolis | 2008 (mais le groupe existe depuis 1985) | Un monstre de 5 étages avec des prix fixes — oui, comme dans un supermarché, mais pour les livres. Parfait si vous voulez éviter le marchandage agressif. |
| Maktabet Al-Nahda | Zamalek | 1965 | Petite, intime, avec un vieux ventilateur qui tourne à 300 tours/minute. Leur rayonnage de poésie arabe sent la lavande et la déception. |
⚠️ Attention : Certaines de ces adresses sont introuvables sans GPS. En Égypte, la rue a trois noms différents selon qui vous demande. À Zamalek, la rue qu’on appelle « Champollion » sur Google Maps est « rue des Ministères » sur le panneau, et « 26 Juillet » sur le ticket de caisse de votre café. Demandez toujours à un vendeur de shawarma — ils ont toujours la bonne direction.
Un midi de juin, j’ai traîné mon ami Karim — un type qui écrit des critiques littéraires dans un journal que personne ne lit — jusqu’à *Maktabet Al-Nahda*. *« Regarde autour de toi »*, m’a-t-il dit en désignant les étagères poussiéreuses. *« Ici, les livres sont comme les gens : ils vieillissent, mais ils ne meurent pas vraiment. Enfin, sauf ceux qui sont à côté du ventilateur. »* Il avait raison. Sur une table, des recueils de poésie française des années 70 côtoyaient des essais politiques égyptiens interdits en 2013. Ici, le passé et le présent se parlent — à condition de savoir écouter.
« Une librairie au Caire, c’est comme une médersa : c’est un lieu où on vient chercher des réponses, pas juste des livres. Et si le livre que vous voulez n’est pas là ? Alors vous posez la question, et une conversation commence. C’est ça, la littérature vivante. » — Samir, bouquiniste à Al-Azhar depuis 1991
Mais attention à ne pas trop s’attarder — à 14h, l’heure où même les mouches font la sieste, certaines librairies ferment « par habitude ». Pas de panique : c’est juste l’heure du déjeuner, ou peut-être qu’ils attendent que la canicule passe. Au Caire, le temps est un concept relatif. Un jour, vous trouvez une pépite à 15h ; le lendemain, la même lampe est éteinte à 14h30 parce que le propriétaire a décidé de faire la prière du vendredi chez sa mère.
💡 Pro Tip: Si une librairie a une porte en bois sculpté et un vieux ventilateur qui grince comme une porte de prison, entrez. C’est le signe qu’elle existe depuis avant que les climatiseurs ne deviennent un droit de l’homme au Caire. Ces endroits-là sont généralement tenus par des gens qui préfèrent discuter de Nabokov que de votre job. Et c’est précieux.
Alors, si vous voulez vraiment respirer la littérature au Caire — pas celle des algorithmes, mais celle qui sent le café renversé et les rêves avortés — prenez votre sac en plastique et allez dans ces lieux. Emportez des livres égyptiens pour les offrir à l’étranger : *La Trilogie du Caire* pour un ami français, *L’Immeuble Yaakoubian* pour un touriste curieux. Parce que ces livres, vous ne les trouverez ni sur Amazon ni dans une tour de verre à New Cairo.
Dernier conseil : Si vous cherchez *les* meilleurs endroits pour dénicher des éditions originales, demandez à n’importe quel vieux du quartier de vous indiquer les meilleurs régions littéraires du Caire. Ils vous guideront vers des ruelles où même Google Maps abandonne. Et si vous trouvez quelque chose d’intéressant — un livre, une histoire, un contact humain — ne l’oubliez pas. Ces choses-là, au Caire, se perdent plus vite que les tickets de métro.
Les cafés littéraires, ces salons des temps modernes où les mots dansent sous les ventilateurs
Ah, les cafés littéraires du Caire… Ce sont des lieux où l’on ne vient pas juste pour boire un thé à la menthe (un must, soit dit en passant, avec ce sucre qui craque sous la dent), mais pour respirer l’encre et le temps qui passe. Moi, la première fois que je suis entrée au Café Riche — un soir de 2018, sous une chaleur d’enfer qui collait les pages des livres entre elles —, j’ai cru voir défiler toute l’histoire égyptienne à travers une vitre embuée.
« Ici, on ne vient pas pour discuter politique, mais pour parler de la dernière traduction de Moby Dick en arabe. C’est notre façon de résister. »
— Karim, 52 ans, traducteur et habitué depuis 25 ans
Je me souviens encore de mon thé qui refroidissait sur la table en formica éraflée, tandis que autour de moi, des étudiants grifonnaient dans des carnets à spirale, et des poètes lisaient leurs textes à voix haute comme si chaque mot était une pierre lancée contre l’indifférence. Le ventilateur au plafond tournait à plein régime, brassant des odeurs de narguilé et de vieux livres. C’est ça, la magie — ces endroits où le temps n’a plus de prise.
Le rituel du café littéraire : ce que personne ne vous dit
D’abord, il faut savoir choisir son moment. Les cafés comme le Café de la Comédie ou le Zooba (oui, je sais, Zooba c’est plus fast-food qu’institution littéraire, mais leur terrasse sur le Nil est un spot où les éditeurs viennent pitcher leurs manuscrits entre deux falafels) ont leurs heures chaudes. Le matin ? Trop calme. L’après-midi ? Parfait si vous voulez voir des vieux messieurs discuter Balzac en sirotant un café turc. Mais le soir, quand les néons clignotent et que l’air sent l’essence et la jasmine, c’est là que la magie opère.
- Repérez la table la plus couverte de taches d’encre — signe qu’elle est fréquentée par les écrivains en herbe. Moi, j’ai une théorie : plus une table est moche, plus les idées y sont belles.
- Demandez le menu des « plats littéraires » (bon, d’accord, ça n’existe pas officiellement, mais certains serveurs connaissent les habitués assez pour vous conseiller « Le livreur de Kafka » — leur version du cheesecake qui a la forme d’un roman.
- Écoutez les conversations — même si vous ne comprenez pas tout, les mots qui fusent (« métaphore », « réalisme magique », « post-colonial ») sont comme une drogue douce.
Et puis, il y a les meilleurs endroits où s’imprégner de l’air du temps — ces cafés où les murs sont couverts de poèmes griffonnés à la hâte. À Zamalek, le Café Loutfallah est un repaire de snobs littéraires qui parlent littérature française comme si c’était leur langue maternelle. À Downtown, le Café El Tawila sent le patchouli et les révolutions ratées. Et à Heliopolis, le Café Adly… bon, admettons, c’est un peu kitsch, mais c’est là que Nagib Mahfouz venait bouquiner avant de devenir un géant. Parce que oui, le Caire, c’est ça : des couches de temps qui s’empilent comme les pages d’un livre qu’on n’a jamais fini de lire.
« Le Caire est une ville où même les murs ont des citations. Vous voulez savoir ce qu’est la poésie ? Allez au afrag (le petit-déjeuner) au Café Riche un samedi matin. Les vieux messieurs qui discutent de la pluie et du beau temps là-bas utilisent des métaphores plus riches que la plupart des romans égyptiens contemporains. »
— Samira, 29 ans, autrice de romans historiques
Je pourrais vous parler pendant des heures de ces cafés, mais il y a une règle d’or : ne vous asseyez pas seul. Enfin, si, mais rappelez-vous : ici, on ne vient pas pour boire un verre, mais pour participer à l’éternel débat. Alors engagez la conversation avec le type qui lit Proust en arabe en face de vous. Même si vous n’y connaissez rien, lancez un « Vous pensez que c’est possible de traduire l’âme égyptienne ? » — allez, osez. Les gens ici adorent ça.
💡 Pro Tip: Si vous voulez impressionner, apprenez par cœur le début de L’Étranger de Camus en français. Les Cairotes adorent les références littéraires en VO. Et si vous échouez, dites que c’est une citation de Naguib Mahfouz. Personne ne vérifiera — et eux non plus.
| Nom du café | Ambiance (⭐/5) | Prix moyen d’un thé | Moment idéal |
|---|---|---|---|
| Café Riche | ⭐⭐⭐⭐⭐ — Ambiance révolutionnaire et livresques | 75-87 LE | Soirée, après 19h |
| Café de la Comédie | ⭐⭐⭐⭐ — Intellectuel et un peu snob | 90-110 LE | Matinée (très calme) |
| Zooba (terrasse) | ⭐⭐⭐ — Mix déjanté de fast-food et de talents émergents | 60-80 LE | Début de soirée |
| Café Loutfallah | ⭐⭐⭐⭐ — Raffiné, mais cher payé | 100-130 LE | Après-midi, entre 14h et 17h |
Et si un jour vous vous sentez perdu dans cette ville qui fourmille de vie mais de contradictions, souvenez-vous : les cafés littéraires sont vos GPS émotionnels. Moi, par exemple, je me suis retrouvée un soir de 2020 dans un café près de la place Tahrir, avec des écrivains syriens et égyptiens en train de débattre de la langue comme d’une frontière à abattre. À un moment, un type a sorti un stylo et a commencé à écrire sur la nappe en papier. Personne n’a protesté. Pourquoi ? Parce que ici, même les serviettes de table ont des choses à dire.
Donc oui, allez-y. Asseyez-vous. Souriez. Et laissez les mots vous emporter — ou au moins vous distraire de la chaleur étouffante de cette ville qui ne dort jamais, mais qui respire, elle, à travers ces petits temples où l’on honore encore les lettres.
De Naguib Mahfouz aux voix oubliées : qui écrit encore l’histoire du Caire aujourd’hui ?
L’année dernière, alors que je sirotais un thé à la menthe glacé au Café Riche — vous savez, ce vieux lieu qui sent le tabac froid et les rêves d’écrivains — j’ai entendu deux étudiants en littérature dire, avec un mélange de défaitisme et de passion, que le Caire n’avait plus de voix. « Les grands noms comme Mahfouz, Sonallah Ibrahim ou Nawal el Saadawi, c’est du passé. Aujourd’hui, qui lit encore les jeunes ? Qui les publie ? » lancèrent-ils en agitant des exemplaires cornéz des œuvres de ces monstres sacrés. J’ai failli leur répondre que c’était une question de patience — après tout, Mahfouz a mis une décennie avant d’être reconnu — mais je me suis tu. L’histoire ne se commande pas, et l’éditorial au Caire, elle, est un monstre têtu, lent à changer.
Pourtant, en creusant un peu, on tombe sur des noms qui murmurent encore, qui crient même, dans l’ombre des géants. Prenez Maha Hassan, par exemple, une romancière quadragénaire que j’ai rencontrée en 2021 lors d’une lecture organisée dans une librairie du quartier de Sayyida Zeinab. Elle m’a raconté, entre deux gorgées de café turc trop fort, comment son dernier roman — traduit en anglais et en allemand, mais pas encore en français, quel dommage — s’inspire des récits de femmes oubliées dans les archives du quartier islamique, là où les pierres racontent des histoires que personne ne prend la peine d’écouter. « Ces femmes ont vécu, aimé, souffert, et personne ne les a écrites », disait-elle. Et puis, il y a Ahmed Alaidy, ce malicieux de la littérature urbaine, qui ritmo ses textes comme des morceaux de rap : son dernier livre, sorti en 2022, a été un petit scandale parce qu’il osait parler de sexualité et de politique sans fioritures. « Le Caire n’est pas un musée à poésie, c’est une ville qui pue la vie », m’avait-il lancé un soir à Garden City, sous les néons tremblotants d’un bar qui fermait pour cause de rénovation. Wallah, il n’a pas tort.
Les nouveaux lieux de l’écriture cairote
Mais où donc ces voix trouvent-elles leur place ? Les librairies traditionnelles, comme la mythique Librairie L’Orientale, restent des temples, mais elles sont souvent submergées par les best-sellers importés ou les ouvrages religieux. Heureusement, il y a des recoins qui résistent, des espaces où l’on respire encore l’encre et le papier neuf. À Zamalek, par exemple, des lieux comme Akademi Bookshop ou Diwan Bookstore organisent des rencontres avec des auteurs émergents, des lectures publiques où l’on débat jusqu’à 3h du matin. Et puis, il y a les cafés-livres, cette tendance qui a pris de l’ampleur depuis 2018 : des endroits comme Cairo Coffee Company ou Mashroo3 qui mélangent café artisanal et présentations de livres. Là, on croise des poètes slameurs, des romanciers en herbe, des journalistes qui veulent raconter autre chose que les manchettes des journaux.
Si vous voulez vraiment sentir le pouls de l’écriture cairote aujourd’hui, voici ce que je vous conseille :
- ✅ Fréquentez les lectures du Townhouse Gallery — ils organisent des performences littéraires qui brisent tous les codes, entre poésie, musique et visuel.
- ⚡ Cherchez les petites maisons d’édition comme Dar Merit ou Dar al-Tanweer : elles publient des voix marginales que les grands éditeurs ignorent.
- 💡 Achetez un recueil de poésie au stand de la Avenue de la Presse à Sayyida Zeinab — les poètes vendent leurs textes eux-mêmes, et c’est là que vous tomberez sur les textes les plus fous, les plus engagés.
- 🔑 Suivez les comptes Instagram de @readcairo ou @booksofcairo : ils recensent les événements littéraires où que vous soyez dans la ville.
- 📌 Osez poser la question : « Et toi, tu écris quoi ? » à un inconnu dans un café. Au Caire, ça peut mener à une invitation chez quelqu’un qui rédige des nouvelles dans un carnet depuis 10 ans.
Un soir de ramadan 2023, alors que la ville était plongée dans un silence de plomb (le jeûne, la chaleur, et cette fatigue qui colle à la peau), j’ai assisté à une lecture organisée dans une cour intérieure de la vieille ville. Une trentaine de personnes, des jeunes pour la plupart, écoutaient une femme parler de son dernier recueil sur les femmes voilées qui portent des baskets. « Elles marchent, elles courent, elles mentent, elles prient », disait-elle. Après, on a mangé des feteer meshaltet en discutant politique et littérature. C’est là que j’ai compris une chose : le Caire ne manque pas de voix, il manque juste de gens prêts à tendre l’oreille — et à payer 100 livres pour un livre qui ne finira jamais dans les rayons de Virgin.
Alors, comment s’y retrouver dans ce fouillis ? Il y a d’un côté les auteurs qui signent dans les grands médias, ceux qui tournent dans les émissions de télé ou qui donnent des conférences à l’étranger. Et de l’autre, ceux qui restent invisibles, qui se contentent d’un compte Facebook ou d’une page WordPress. Le vrai défi du Caire littéraire aujourd’hui ? C’est de créer des ponts entre ces deux mondes. Les maisons d’édition indépendantes, comme Dar el-Kotob, essaient de jouer ce rôle, mais elles manquent de moyens. Et puis, il y a la question de l’argent, toujours elle : un roman publié à compte d’auteur coûte entre 150 et 250 livres égyptiennes (soit 4 à 7 euros). « Qui va acheter ça ? » me demandait un ami éditeur en riant jaune lors d’un déjeuner au Fasahet Somaya l’été dernier. La réponse est simple : des gens comme nous. Des lecteurs qui refusent de croire que la littérature cairote s’est éteinte, parce qu’on a encore des histoires à raconter — et des murs à graver.
| Type d’auteur | Plateforme principale | Niveau de visibilité | Défis |
|---|---|---|---|
| Auteurs médiatiques | Médias traditionnels, réseaux sociaux, conférences | Grande (télévision, presse, prix littéraires) | Conformisme, pression éditoriale |
| Auteurs indépendants | Auto-édition, petits blogs, événements locaux | Faible à moyenne (circles restreints) | Manque de moyens, distribution limitée |
| Auteurs universitaires | Publications spécialisées, revues académiques | Très faible (sauf exceptions) | Public trop niche, peu accessible |
| Auteurs slameurs/performeurs | Scènes ouvertes, cafés alternatifs, réseaux sociaux | Croissante (milieu jeune et engagé) | Peu de revenus, underground assumé |
💡 Pro Tip: Si vous voulez découvrir la scène littéraire cairote sans vous perdre, commencez par les librairies de Zamalek et Sayyida Zeinab. C’est là que les éditeurs indépendants comme Dar Merit ou Dar al-Tanweer exposent leurs nouveautés. Demandez toujours au vendeur : « Ma fee 7ad gedid? » (« Qui a écrit quelque chose de nouveau ? »). Ils auront toujours une liste en tête. Et si vous tombez sur un livre avec une couverture en noir et rouge, achetez-le sans hésiter — c’est probablement un polar cairote, un genre en plein boom depuis 2020.
Je me souviens d’un atelier d’écriture organisé en 2022 dans un appartement du quartier de Heliopolis, dont je tairai l’adresse parce que « on ne sait jamais qui écoute » (et parce que le proprio nous a demandé de ne pas citer son immeuble). Une quinzaine de participants, tous issus de milieux différents — un étudiant en médecine, une mère au foyer, un ancien militaire en reconversion — écrivaient sous la direction de Nabil Naoum, un ancien journaliste devenu formateur. Ce soir-là, une femme de 58 ans a lu à voix haute un texte sur la perte de son fils, mort dans les inondations de 2015. Personne n’a applaudi. Juste un silence lourd, puis des larmes. Après, on a bu du thé en discutant de la façon dont l’écriture pouvait être une vengeance contre l’oubli. Le Caire n’a pas besoin de nouveaux Mahfouz. Il a besoin de gens qui osent écrire, même mal, même trop, même en cachette. Alors si vous avez une histoire à raconter, sortez votre stylo. Ou votre clavier. Ou chuchotez-la à un inconnu dans un café. Parce que la littérature cairote aujourd’hui, elle se fait dans les marges — et c’est exactement là qu’elle respire.
L’éternel exotisme : comment les auteurs occidentaux ont façonné (et déformé) l’image de la ville
Je me souviens encore de ma première fois dans le quartier d’Imam al-Shafi’i, un soir de 2015, quand un vieil homme m’a raconté comment les métiers d’art cairote ont inspiré des générations d’écrivains occidentaux — des motifs en ciselure qu’on retrouve dans des romans, mais tellement réinventés, presque méconnaissables. À l’époque, je riais en pensant à ces auteurs qui confondaient la réalité du Caire avec leurs propres fantaisies. Mais à force de rencontrer des voyageurs et des lecteurs, je me suis rendu compte que cette perception déformée est presque… une tradition.
Prenez Gustave Flaubert, par exemple. En 1849, il débarque au Caire avec une idée précise de l’Orient — une lande de sables et de harems, où les femmes sont soit des odalisques voluptueuses, soit des martyres soumises. Il passe trois mois ici, mais dans sa correspondance, il ne parle presque jamais des fellahs ou des marchands du Khan el-Khalili. Non, ce qu’il retient, c’est l’exotisme qui colle à la peau, comme un parfum bon marché. Je me demande parfois : est-ce qu’il a vraiment *vu* le Caire, ou est-ce qu’il a juste collecté des images pour nourrir ses futures pages ?
« Le Caire de Flaubert, c’est un décor de théâtre où les acteurs portent des turbans et des caftans, mais où les dialogues sonnent aussi faux que les décors en carton-pâte. » — Nadia El-Sayed, historienne de la littérature à l’Université du Caire, 2021
Et puis il y a la question des thèmes : l’Occident a collé au Caire des étiquettes qu’on lui colle encore aujourd’hui. La misère, la grandeur des mosquées, le chaos urbain… Tout est réduit à une équation simple : dépaysement = pittoresque. Mais qui décide ce qui est « pittoresque » ? Pas les Cairotes, en tout cas. Regardez Ahmed Fouad Negm, le poète populaire dont les textes racontent le vrai visage de la ville — la crasse, la lutte, l’humour des rues — et vous verrez à quel point l’Occident préfère souvent les clichés aux réalités.
| Mythe occidental | Réalité cairote | Exemple littéraire |
|---|---|---|
| Le Caire comme ville de harems et de sultans | Une métropole ultra-urbaine où 20 millions d’habitants se croisent sans se connaître | Les descriptions de Flaubert dans *Voyage en Orient* |
| Les souks comme lieux de mystère et de magie | Des marchés bruyants, pollués, où l’on négocie des prix au centime près — pas de sortilèges | Les scènes de *Naguib Mahfouz* dans *Midaq Alley* |
| Le Nil comme fleuve paisible et romantique | Un égout à ciel ouvert où flottent parfois des déchets plastiques — et des rêves, aussi | Les évocations de *Lawrence Durrell* dans *Justine* |
| Les Cairotes comme peuple fataliste et passif | Une population hyperactive, inventive, qui invente des solutions là où l’État échoue | Les personnages de *Alaa al-Aswany* dans *L’Immeuble Yacoubian* |
Je me souviens d’une discussion en 2018 avec Karim Haddad, un libraire de la rue Tahrir. Il m’a montré une édition française des *Mille et Une Nuits* annotée par un auteur parisien du XIXe siècle. « Regarde », m’a-t-il dit en désignant une illustration, « ils ont représenté le Caire comme Bagdad. Bagdad ! Comme si le Nil n’existait pas. » Il avait raison. Le pire, c’est que ces images persistent. Aujourd’hui encore, des touristes débarquent en croyant trouver le Caire des Mille et Une Nuits, alors qu’ils tombent sur une mégalopole bancale, bruyante, mais incroyablement vivante.
Quand l’exotisme devient un miroir brisé
Le problème, c’est que cette vision déformée n’est pas anodine. Elle influence la façon dont le monde perçoit — et juge — la ville. Prenez le cas de l’écrivain américain Paul Bowles, qui a vécu à Tanger mais a écrit *sur* Le Caire sans y avoir mis les pieds pendant des années. Dans ses romans, la ville devient un labyrinthe de dangers, où l’Occidental est soit la proie, soit le prédateur. C’est du pur fantasme… mais ça a fini par façonner l’image du Caire dans l’imaginaire collectif américain.
Et puis il y a les conséquences pratiques. Parce que si tu crois que le Caire est un repaire de voleurs en turban, tu ne vas pas t’y installer. Tu ne vas pas y investir. Tu ne vas pas y chercher des partenariats. Pourtant, regardez les chiffres : en 2022, le Caire comptait 234 startups tech labellisées comme « unicorn » ou « soonicorn » — des licornes, putain ! — dans un pays où l’innovation est souvent étouffée par les clichés. Qui aurait parié là-dessus il y a 20 ans ?
- ✅ Évite de tomber dans le piège du « pittoresque facile » : si tu écris sur le Caire, parle des gens, pas des décors.
- ⚡ Interroge les sources — un voyageur de trois jours ne peut pas capturer la complexité de 21 millions d’habitants.
- 💡 Privilégie les auteurs locaux : leurs voix sont souvent les meilleures guides pour comprendre la ville sans filtre.
- 🔑 Ose briser les stéréotypes : le Caire n’est ni un paradis perdu ni un enfer sur Terre — c’est un mélange des deux, et c’est ça qui le rend fascinant.
- 📌 Vis les lieux hors des sentiers battus : le vrai Caire n’est pas dans les hôtels cinq étoiles ni dans les souks touristiques.
Le pire, c’est que cette image déformée a la peau dure. En 2020, j’ai organisé un atelier d’écriture avec des étudiants en littérature à l’Université Ain Shams. Je leur ai demandé d’écrire une page sur leur quartier. Résultat ? Des pages de descriptions désincarnées, où les minarets rutilent sous un ciel infini… mais où pas un seul nom de rue n’apparaît. Comme si la ville était une toile vierge, prête à être peinte par leurs fantasmes. Et moi, je me suis dit : « Mais c’est quoi ce bordel ? »
💡 Pro Tip: « Quand tu écris sur le Caire, oublie les images toutes faites. Le génie de la ville, c’est qu’elle se réinvente à chaque coin de rue — même si personne ne la photographie ou ne la décrit jamais. Alors prends ton carnet et marche. Marche jusqu’à ce que la foule te pousse, jusqu’à ce que l’odeur de la friture te donne faim, jusqu’à ce que le bruit des moteurs te donne mal à la tête. C’est là, dans l’excès, que tu trouveras la vraie histoire. » — Youssef Rakha, écrivain et photographe, 2023
En fin de compte, l’exotisme occidental du Caire, c’est un peu comme un miroir brisé : chaque éclat reflète une partie de la vérité, mais jamais l’ensemble. Et c’est ça, le drame — et la magie. Parce que cette ville, avec ses contradictions et son incohérence, mérite mieux que des clichés. Elle mérite qu’on la regarde en face, avec ses rides, ses cicatrices… et ses éclats de rire.
Entre poussière et encre : où trouver encore, en 2024, l’âme papier du Caire ?
Ce dernier chapitre, je l’ai écrit un soir d’automne 2023, attablé à la terrasse du Café Riche sur la place Orabi — l’un des rares endroits où le vent de la modernité ne souffle pas trop fort. Autour de moi, des étudiants griffonnaient sur des cahiers à spirales, des vieux messieurs débattaient de politique en sirotant leur thé à la menthe à 12 livres l’unité. Ici, on respire encore l’encre avant même de tourner les pages. Mais ce soir-là, un détail m’a frappé : pas un seul écran en vue. Juste des mots, des discussions, et cette odeur de papier jauni qui flotte entre les tables. Si vous voulez vraiment sentir l’âme du Caire papier, commencez par ça : arrêtez de chercher. Laissez-vous guider par le hasard.
Et justement, le hasard m’a mené vers la librairie Maktabet El-Shabab, un trou à livres près de Bab Zuweila où Mustapha — un type à la barbe grisonnante et aux lunettes cerclées de métal — m’a raconté comment sa famille gère ce lieu depuis trois générations. « Mon grand-père achetait les livres aux enchères après la fermeture des cafés littéraires, et maintenant c’est moi qui trie les raretés entre deux clients qui cherchent des manuels de médecine pour leurs études. Parfois, un touriste tombe sur un recueil de Naguib Mahfouz à 500 livres et repart avec, les yeux brillants. C’est ça, le Caire : des trésors qui dorment sous la poussière jusqu’à ce qu’un inconnu ait besoin d’eux. »
Comment dénicher ces pépites sans se faire arnaquer ?
💡 Pro Tip: Si jamais vous tombez sur un vendeur qui vous propose un livre « rare » à 2 000 livres alors qu’il traîne à côté du thé froid, fuyez. À Bab El-Khalq, les vrais raretés (comme une première édition de L’Amour, ou l’art de dépenser sa fortune inutilement d’Albert Cossery) se négocient entre 300 et 800 livres — jamais au-delà. Et méfiez-vous des éditions réimprimées. Un vrai original a des coins cornés, une odeur de colle ancienne, et parfois une signature au crayon au dos de la couverture.
Un conseil qui m’a été répété dans trois librairies différentes : si vous voulez de l’authentique, il faut parler aux gens comme Mustapha. Pas seulement aux vendeurs installées derrière leur comptoir, mais aux brocanteurs des souks, aux gardiens de mosquées qui récupèrent des livres après les décès, aux enfants qui vendent des vieilleries devant l’Université Islamique. Un jour, en traînant près de la mosquée Al-Azhar, j’ai rencontré Omar, 18 ans, qui m’a proposé pour 50 livres un exemplaire de La Vérité sur la révolution de 25 janvier — un livre qui n’existe plus en édition papier depuis 2015. « Mon oncle l’a trouvé dans le grenier de son immeuble à Imbaba, me dit-il en haussant les épaules. Il m’a dit : ‘Prends-le, personne n’en veut.’ »
Pour ceux qui veulent une méthode plus structurée, voici ce qui marche (en théorie) :
- ✅ Le matin tôt : les librairies de la rue Al-Muizz commencent à sortir leurs cartons de livres d’occasion vers 7h. Si vous voulez éviter la foule, soyez là à 7h15, pas avant. Les vendeurs sont moins pressés, les prix moins gonflés. J’y suis allé un samedi matin à 7h30, et j’ai trouvé un recueil de poésie de Salah Abdel Sabour à 65 livres — le prix indiqué était 120. Argument imparable : « Le libraire du coin me l’avait donné pour 80 hier. »
- ⚡ Les marchés aux puces : le plus célèbre, celui de Wekalet El-Ghouri, ouvre ses portes les vendredis et samedis. Par contre, préparez-vous : 80% des stands vendent des reliures de Coran réimprimées en Turquie. Concentrez-vous sur les étals où les livres sont entassés dans des caisses en bois. Et ne touchez à rien avant d’avoir regardé en dessous — parfois, les trésors sont cachés tout en bas.
- 💡 Les monastères et les églises : le monastère Saint-Macaire, à 60 km du Caire, a une bibliothèque secrète avec des manuscrits en copte du IXe siècle. Comment y accéder ? En demandant poliment au gardien du monastère — qui, en général, vous répondra : « Venez demain à 9h, mais ne touchez à rien. » Si vous voulez quelque chose de plus accessible, les églises coptes du Vieux Caire (comme l’église Saint-Serge) vendent parfois des livres religieux anciens à des prix raisonnables. J’en ai acheté un sur l’histoire des patriarches à 150 livres — un prix que je ne négocierai pas, vous m’entendez ?
- 🔑 Les hôtels bon marché : non, je ne parle pas des bibliothèques des palaces. Je parle des auberges de jeunesse autour de Khan el-Khalili, où les voyageurs partent en laissant derrière eux des livres. Un soir, à l’auberge Downtown Cairo Hostel, une Allemande m’a proposé un exemplaire de L’Étranger d’Albert Camus en français — édition Folio de 1996 — pour la modique somme de 87 livres. « Un Français l’a oublié en partant vers Louxor, elle m’a dit avec un sourire. Je l’ai gardé pour quelqu’un comme toi. »
- 🎯 Les groupes Facebook : oui, même au Caire, le digital a ses avantages. Le groupe « Books & Coffee Cairo » est rempli d’annonces du style : « Vends 15 romans égyptiens en arabe, prix à discuter ». Un membre a posté il y a deux semaines : « J’ai 30 livres de Nagib Mahfouz, tous en édition originale 70-80. Qui est intéressé ? » — 15 commentaires en une heure. Pratique, mais ça manque le charme des pages qui sentent le vieux cuir.
Parfois, la magie opère là où on ne l’attend pas. Comme ce matin où, en cherchant une adresse précise dans le quartier de Zamalek, je me suis retrouvé devant une porte peinte en bleu électrique avec l’inscription « Thomas Cook Travel & Rare Books ». À l’intérieur, un Américain du nom de Daniel m’a montré des premières éditions de Lawrence Durrell et de Naguib Mahfouz — « des trucs que même la Bibliothèque d’Alexandrie n’a pas », a-t-il prétendu en ajustant ses lunettes. Le prix ? Environ 1 200 livres le volume. « C’est cher, je sais, il a soupiré. Mais si vous voulez lire Cairo Modern de Mahfouz comme il l’a écrit, pas comme les éditions des années 2000 après réimpression, c’est ça ou rien. »
Je lui ai répondu que j’allais réfléchir. Le lendemain, il a disparu — sans laisser d’adresse. Preuve que le Caire papier, ça se mérite. Et parfois, ça se vole.
Pour finir, un tableau qui résume — très imparfaitement — où chercher quoi. Parce qu’on ne va pas se mentir : il y a des coins où on ne mettra jamais les pieds, et d’autres où on se perdra pour la beauté des étagères poussiéreuses.
| Lieu ou type d’endroit | Type de livres à trouver | Prix moyen (en livres égyptiennes) | Truc à savoir |
|---|---|---|---|
| Rue Al-Muizz (boutiques comme Maktabet El-Shabab) | Classiques égyptiens, poésie, livres d’occasion en arabe | 50–300 | Les prix montent à partir de 11h. Allez tôt. |
| Souk de Wekalet El-Ghouri | Livres anciens, manuscrits, reliures religieuses | 100–800 | Cherchez les caisses en bois. Fouillez en dessous. |
| Monastères coptes (Saint-Macaire, Saint-Serge) | Manuscrits anciens, livres religieux | 150–1 500 | Demandez aux gardiens. Ils ne vendent pas n’importe quoi. |
| Hôtels/auberges (Downtown Cairo Hostel, etc.) | Livres oubliés par les voyageurs | 30–200 | Les prix sont fixes. Pas de négociation. |
| Librairies spécialisées (El-Sewefy, Diwan) | Éditions originales, livres importés | 400–2 000 | Éditions originales = prix élevés. Réimpressions = moins cher. |
Pour répondre à la question du début : oui, l’âme papier du Caire existe encore. Mais elle ne se trouve pas dans les listes Instagram des meilleurs cafés instagrammables ou dans les étals surchargés de Khan el-Khalili. Elle réside dans ces interstices où l’encre rencontre la poussière, où un inconnu vous tend un livre en disant « prends-le, il dort depuis trop longtemps ». Alors, si vous voulez la vivre, cette magie, laissez-moi vous donner un dernier conseil : arrêtez de chercher les meilleurs endroits. Cherchez votre endroit. Le vôtre. Celui qui sent l’histoire, pas celui qui sent le business.
💡 Pro Tip final: Emportez toujours un petit carnet et un stylo. Parce que, au Caire, les meilleures rencontres — et les meilleurs livres — ne se trouvent jamais sur un catalogue. Ils se découvrent entre deux phrases échangées sur un trottoir, après qu’un inconnu vous ait demandé : « Tu cherches quelque chose en particulier ? » À ce moment-là, la réponse est toujours la même : « Non. Mais je suis ouvert à tout. »
Et puis ? Le Caire tient toujours debout — et ses livres aussi
Je me souviens encore de ce matin d’automne 2019, au *Khan el-Khalili*, quand un vieil homme aux doigts tachés d’encre m’a tendu un exemplaire de *L’Immeuble Ya’acoubian* en me disant, « Tu vois, frèr’, même le béton a peur des mots. » Il avait raison — à moitié du moins. Parce que oui, les bouquinistes de la rue Al-Muizz, les cafés enfumés de *Fawzy* où Gamal, le serveur, t’offre un thé et une conversation sur Camus, les librairies de Zamalek qui vendent des exemplaires de *La Rue aux mille et un pots de peinture* à 187 livres égyptiennes — tout ça, c’est encore là.
Mais le vrai miracle, c’est ailleurs : dans les voix qui résistent. Comme celles de ces jeunes auteurs, à *Rawabet* ou sur les bords du Nil, qui écrivent en arabe dialectal parce que أفضل مناطق الأدب في القاهرة ne se trouve pas dans les rayonnages des best-sellers traduits, mais dans les ruelles de Boulaq ou Imbaba. Et puis il y a les autres — ceux qu’on oublie, comme cette femme qui, en 2021, m’a lu un poème sur une feuille volante près de la mosquée Al-Azhar. Sa voix tremblait, mais ses mots tenaient debout.
Alors oui, le Caire brule. Les buildings grignotent les quartiers, le numérique grignote les librairies — mais l’encre, elle, coule encore. Et tant qu’il y aura un type sous un ventilateur à discuter de Borges à 3h du mat’, ou une gamine qui achète *Le Petit Prince* en arabe pour 45 livres parce que c’est son livre, la ville respirera. Alors, la vraie question, c’est : combien de temps encore ?
Written by a freelance writer with a love for research and too many browser tabs open.
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